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Ce matin, j’ai entrepris mon grand nettoyage de printemps. Comme tu me l’as souvent répété : « rien ne sert de remplir ses placards de superflus, ça encombre et ça empêche d’aller de l’avant ». Pourtant, en rangeant ma boite où j’ai confiné mes souvenirs de toi, je n’ai pas pu m’empêcher de l’ouvrir pour passer, une fois encore, un petit moment en ta compagnie.

C’est en replaçant un dessin que je t’avais fait petite que ma main a touché le sachet noir. C’est là, Nané, que j’ai caché ton enfance. Je n’ai pas pu me résoudre à jeter cette douleur qui s’est tapis dans ton cœur toute ta vie, cette douleur qui pourtant t’a permis d’ouvrir tes yeux et ton âme aux différences et difficultés des autres. Cette difficulté qui t’a permis de m’enseigner la tolérance et le respect d’autrui.

J’ai, avec un picotement dans le ventre, saisi ces trois courriers qui ont mis un terme à ta relation avec la famille qui t’a donné la vie.

 

*

 

— C’est ta sœur… tu pourrais aller à son enterrement, ai-je entendu prononcé papa alors que j’allais sur mes dix-sept ans.

— Ma sœur ? as-tu répondu. Elle est bien bonne celle-là ! Écoute Éric, mes relations avec ma famille nourricière sont particulières et…

— Particulières ? Inexistantes tu veux dire !? Tu m’as toujours répété que dans toute relation chacun est responsable de ce qui s’est passé, se passe et se passera. Qu’il ne faut pas condamner et essayer de comprendre chaque point de vue avant de juger.

— Oui ! Et je t’ai aussi dit que lorsqu’une relation est destructrice, il est préférable d’y mettre un terme. Je… Écoute, cette famille va bien mieux sans moi, je n’en ai jamais fait partie que légalement. Aller à l’enterrement d’un seul de ses membres serait une insulte pour eux, comme pour moi. Parfois, Éric, il est préférable d’aimer quelqu’un à distance, pour le bien de tous.

— Mais tu ne les aimes pas ! Tu ne les as jamais aimé.

— Je les ai aimé, si. Il y a longtemps… très longtemps. Mais comment poursuivre une relation dans la contrainte ? Ricky, ma propre mère ne m’a jamais dit qu’elle m’aimait, elle se contentait de dire que les parents étaient obligés d’aimer leurs enfants. Je ne doute pas de la sincérité de sa tentative d’aimer cette troisième fille qui s’est imposée à elle… je ne doute pas que ses intentions étaient sincères… mais ça s’arrête là. Et ça fait mal Éric ! Ça fait mal lorsque, enfant, on acquière la certitude qu’on est de trop, qu’on n’est pas désiré et que la vie de cette famille, obligée de nous élever, serait bien plus agréable sans nous.

— Et si tu t’étais trompée ? Si…

— Que je me sois trompée ou non, nous nous déchirions en restant à côté les uns des autres. Je n’avais d’autre option pour le bien de tous que de faire ma vie dans mon coin et de les soulager de ma présence.

» Et puis, merde ! C’est eux qui m’ont virée de leur famille, ce n’est pas moi qui leur ai tourné le dos. C’est eux qui m’ont dit que puisque chaque famille devait rester à sa place, ça commencerait par la mienne avec ton père. Et ils n’ont plus repris contact… je parlais des familles respectives des sœurs de la fratrie dans laquelle je suis née et eux m’ont clairement exprimé que je ne faisais pas non plus partie de leur famille à eux. Alors certes, cette fois-là, je m’étais effectivement montrée sournoise… mais c’était la première fois, alors qu’eux… je… je n’ai fait que répondre à leurs sournoiseries par la sournoiserie !

» Mais peu m’importe à présent. J’ai passé six mois à pleurer après cette histoire pour me rendre compte, petit à petit que cette décision était sûrement la meilleure pour moi. Alors je leur ai dit adieu et je suis passée à autre chose.

» Donc, certes, tu as lu dans le journal que ma sœur allait être enterrée demain, mais as-tu vu un faire-part m’y invitant ? Non. Ce qui veut dire que je n’y suis pas la bienvenue. Si tu veux y aller, fais ce que bon te semblera, ce sont autant tes racines que les miennes, mais je ne te garanti pas l’accueil. Pour moi, en revanche !… ce serait trop dur.

Puis tu es partie dans la cuisine. J’ai vu une larme couler de ton œil lorsque tu es passée à côté de moi. Une larme que tu as vainement tenté d’étouffer mais qui, malgré les années et le travail, trahit le résultat de trente-quatre années de souffrance.

— Qu’est-ce qui s’est passé, Nané ? Qu’est-ce qui s’est passé avec ta famille ?

— C’est compliqué, bien trop compliqué pour que je puisse te le raconter en deux minutes, m’as-tu répondu dans un sourire amen.

— Mais tu as dit que tu t’étais montrée sournoise… Pourtant, tu es la bonté même !

— Tout le monde est capable du pire ma chérie, je suis loin d’être la bonté même. C’est comme je te le disais lorsque tu étais petite. Nous ne sommes pas des anges, nous sommes humains, nous avons le droit à l’erreur.

— Mais détestes-tu ta famille à ce point pour leur avoir fait intentionnellement du mal ?

— Qui t’a dit que je leur ai fait du mal ? Mes parents – je ne parle pas uniquement des personnes qui m’ont engendrée, je parle de toute cette famille – sont paranoïaques et se complaisent dans leurs cercles vicieux. Je ne pouvais rien dire, rien faire, sans que tout soit interprété de façon malsaine. Je ne les déteste pas ma chérie, j’ai juste dû choisir à un moment de ma vie entre eux et moi, entre une vie de cercles vicieux et une vie de cercles vertueux… n’est-il pas humain de choisir son propre camp ? N’est-il pas humain de vouloir être heureux ?

— J’aimerais que tu me racontes, s’il te plaît, Nané… je voudrais comprendre.

Tu as soufflé, partagée entre l’envie de continuer d’oublier cette histoire et celle de faire plaisir à ta petite fille. Et comme toujours, j’ai gagné.

— Bien… tout d’abord, je dois commencer par le commencement.

» Depuis que j’étais en âge de me marier, je rechignais à passer le pas, parce que je savais que mes sœurs trouveraient toutes les excuses du monde pour ne pas venir. Je me suis pacsée avec un gars avec qui j’ai vécu six ans avant de le quitter pour l’homme qui deviendrait mon mari et bien plus encore. Nous sommes restés ensemble deux ans et demi avant que je finisse par lui dire que peu m’importait à présent, je voulais l’épouser. Ton grand-père était quelqu’un de vraiment exceptionnel. C’est la première personne qui est entrée dans ma vie en ne me demandant qu’une chose : être celle que je suis. Il n’essayait pas d’influencer mes choix pour que la "personne que j’étais" soit en adéquation avec ce qu’il attendait de moi. Non, il était là, il m’épaulait et toujours il m’acceptait comme j’étais. La femme que tu connais aujourd’hui est née de cette vie en commun. Certains diront que ce sont les difficultés de l’enfance qui m’ont fait devenir ce que je suis. Pour ma part, je pense que si je n’avais pas rencontré ton grand-père, ces difficultés m’auraient juste précipité dans ma tombe.

» Bref ! Nous avons fini par organiser notre mariage et comme je l’avais pressenti, mes sœurs ont trouvé toutes les excuses possibles et imaginables pour ne pas venir… Bon ! Il faut dire que je leur ai facilité la tâche en vivant à 600km de chez elles. Mais nous avions projeté de leur faciliter le voyage – quitte à prendre un bus et l’hébergement à nous frais. Pourtant, elles ne nous ont même pas laissé le temps de quoi que ce soit avant de dire non. Le pire, c’est que ma sœur aînée n’a rien trouvé de mieux que de me l’annoncer le jour de la Saint-Valentin. Ton grand-père était dépité… il n’y croyait pas. Ça lui a fait mal. Lui dont la famille est si unie, lui qui s’était tapé le même trajet pour cette même sœur alors qu’il ne la connaissait pas ou peu, parce que nous en étions au début de notre relation et que je vivais encore à Besançon et lui à Bordeaux…

» Enfin… après un gros échange de mails entre mon autre sœur et moi, pour éviter des histoires de familles compliquées, nous avons fini par expliquer que puisque c’était ainsi chacun vivrait de son côté. Elles, leur mari et leurs enfants du leur et nous du nôtre. MAIS ! Si un jour elles venaient à vouloir retisser des liens, notre porte leur serait ouverte.

— Et ta famille t’a reniée pour ça ?

— Non, bien sûr que non. Mes parents sont venus au mariage en en voulant à mes sœurs. Ils les ont boudé pour montrer leur mécontentement, mais ne sont pas plus intervenus. Mais ça, c’était le début.

» Maintenant on en arrive au milieu. Deux ans plus tard, j’ai fait une tentative de suicide. Ma vie maritale tournait au vinaigre, je n’avais pas de travail parce que je ne trouvais pas ma voie… ton grand-père et sa famille m’ont épaulée, m’ont soutenue. Ton grand-père m’a aidée à reprendre pied et à accepter ce que j’étais. Petit à petit, j’ai repris ma vie en main, je me suis inscrite pour faire un bilan de compétence et arrêter de tâtonner et je lui ai expliqué de quel genre de vie maritale j’avais besoin. Ensemble, nous avons avancé un pas après l’autre pour arriver à cette intimité qui me faisait défaut et je suis heureuse qu’elle lui ait plu autant qu’à moi. À côté de ça, je suis allée voir des médecins pour cette fatigue incessante et ces douleurs articulaires. J’ai radicalement changé ma nutrition et mon hygiène de vie. Ma santé s’est améliorée à force d’efforts.

» Le noël qui a suivi cette t/s, nous sommes allés chez mes parents pour le réveillon. Je n’étais pas encore tout à fait remise et j’ai baissé ma garde. J’ai montré mes faiblesses, alors que dans cette famille, je savais très bien que si je montrais la moindre faille, je me ferai bouffer.

» J’ai parlé de ma t/s avec ma mère. Je lui ai rapporté que la psy avait voulu me faire comprendre que j’avais fait ça pour la faire réagir elle… mais que je savais très bien que ça n’avait rien à voir avec elle. Je l’avais fait parce que mon corps souffrait chaque jour, que je dormais tout le temps, que je n’arrivais plus à me concentrer, que j’avais loupé mon concours pour devenir adjoint administratif et que j’allais encore être dépendante de mon mari alors que je voulais être autonome.

» Ma mère m’a répondu : « Ah ben heureusement que tu ne l’as pas fait pour moi, parce que si ça avait été le cas, tu aurais été déçue, parce que je n’aurais pas du tout réagi comme tu le voulais. Je t’aurais laissée te débrouiller toute seule ! ». Et c'est vrai qu'elle a appelé ton grand-père pour prendre des nouvelles après qu'il l'ait prévenue, mais jamais elle ne s'est adressée à moi. Et ton grand-père m'a avoué qu'elle n'avait pas appelé plus de trois fois... dont une où il n'a pas répondu, en un mois et demi.

— Mais c’est horrible de dire ça à son enfant ! C’est comme si elle t’invitait à ne pas te louper !

— Non… c’est idiot, mais ce n’est pas horrible. Tu sais, ma mère n’a jamais pu entendre la souffrance qui me torturait. Elle n’a jamais pu l’entendre, parce qu’elle ne pouvait pas accepter sa part de responsabilité. Il ne faut pas lui en vouloir, mon ange. Elle ne pouvait pas dépasser ses limites pour moi.

— Comment tu fais pour être aussi compréhensive ?

— J’ai beaucoup réfléchi. Et puis, je te montrerai mon petit secret pour réussir à surmonter cette épreuve, si tu veux. Mais d’abord, je dois te raconter TOUTE l’histoire.

J’opine du chef et tu reprends.

— Maintenant on en arrive à la conclusion.

» Au mois de février qui a suivi ce noël, je suis allée dans la famille de ton grand-père. Ma belle-mère m’a alors annoncé, toute heureuse, qu’elle avait invité mes parents et les enfants de ma sœur ainée en vacances sur leur terrain près de la plage au mois d’août. Elle était heureuse, parce qu’elle allait pouvoir pouponner des fillettes parce que vu que son fils était stérile, elle prenait ce qui venait.

— Sans prendre en considération tes problèmes de famille ?

Tu as inspiré puis expiré très fort en te tordant les lèvres.

— La relation qui divisait mes parents et moi était compliquée. Mes parents savaient se faire apprécier. Les gens mettaient en général beaucoup de temps à se rendre compte qu’ils seraient toujours des étrangers pour eux, avant de finir par leur tourner le dos, parce qu’ils ne construiraient rien d’intéressant avec eux.

» Mes beaux-parents ne voulaient rien construire d’autre que des relations entre beaux-parents. Ton grand-père et moi avions donc décidé de les laisser dans l’ignorance, pour ne pas altérer leur jugement. Tout se passait bien jusque là.

» D’ailleurs, quand sa mère m’a raconté tout ça, ton grand-père a tout de suite su que ça n’allait pas passer. J’en ai voulu à sa mère, je pensais qu’elle voulait me faire payer le fait de ne pas lui faire de petits enfants en allant chercher les seuls enfants qui pouvaient m’atteindre. J’ai presque eu envie de la tuer… mais je me suis contenté de pleurer sur l’épaule de ton grand-père et de m’énerver après ma belle-mère dès qu’elle ouvrait la bouche ou faisait quelque chose.

» Je ne pouvais pas crever l’abcès parce que j’avais fait ce que je déconseille à tout le monde. J’ai jugé sans avoir tous les éléments et j’ai condamné. Ton grand-père lui a alors parlé et il s’est avéré que sa mère n’avait jamais invité les petites-filles, elle n’avait invité que mes parents. Ce sont eux qui lui ont dit que les fillettes voulaient venir. Ton arrière-grand-mère adorant les enfants, ils avaient utilisé sa faiblesse pour ENCORE me prendre ce que j’avais mis du temps à obtenir. Sauf que depuis noël j’avais fait du chemin. Ma vie de couple allait de mieux en mieux, j’avais entamé mon bilan de compétence et commençais à bien entrevoir ce que je voulais comme carrière… je n’étais plus faible et il était hors de question que je laisse passer ça.

— Mais c’était que des grands-parents qui voulaient offrir des vacances à leurs petites-filles. Ils ne faisaient rien de mal !

— En apparence oui. Mais j’ai trop souvent vécu ce genre de situation. Je savais que, petit à petit, comme ils l’avaient toujours fait, ils finiraient par me voler le positif de ma vie pour en faire profiter ma sœur aînée, sans faire attention aux répercutions derrière. En plus, les petites avaient un âge qui faisait que je ne pouvais pas les laisser seules avec mon père… je ne pouvais pas prendre ce risque. Même s’il y avait 99% de chance que rien ne se passe, c’était trop pour moi.

» Et puis Lizzie, quand on ne veut pas partager, on ne prend pas. Mes parents étaient les champions pour ça. Ils prenaient beaucoup et rendaient le minimum. Or Je n’en pouvais plus qu’ils abusent de ma gentillesse. J’avais imposé une règle, elle n’avait pas à être transgressée. J’avais dit chacune de son côté tant qu’elles ne faisaient pas le premier pas. Et aller demander à ma belle-mère de faire passer des vacances aux enfants de ma sœur ainée sur leur terrain situé à 700km de chez elle alors que deux ans plus tôt elle s’était servi de ses filles pour dire qu’elles ne supportaient pas les longs voyages, pour ne pas venir à mon mari, c’était trop. Je sais que ça peut paraître capricieux de ma part, mais crois-moi, si je n’avais pas fait de t/s, si je ne m’étais pas montrée déprimée à noël, ils n’auraient jamais fait ça…

» Quand j’ai eu toutes les données, j’ai envoyé un mail à mes parents pour leur dire que les petites n’étaient plus invitées, mais qu’eux pouvaient toujours venir. Je savais que si je faisais ça, ils me renieraient. Mais je devais choisir entre les laisser me marcher dessus encore et encore ou m’imposer en tant que personne une bonne fois pour toute. J’ai prévenu mon mari, j’ai prévenu ma belle-mère et j’ai fait ce que je n’avais jusque là jamais osé, je me suis opposée à ma famille. Je n’ai pas fait que râler, non ! je suis intervenue pour les empêcher de me faire du mal. Le soir même, ils me disaient de rester de mon côté et eux du leur.

— Sans essayer de discuter ?

— Pourquoi discuter ? Ils ne m’ont jamais considérée comme l’une des leurs et je leur tendais une magnifique perche pour me rejeter une bonne fois pour toute. Plus de yoyo où on m’écarte sans me repousser totalement. Cette fois-ci, je leur donnais l’excuse parfaite pour ne plus m’avoir dans leurs pattes. Et cette famille, qui ne sait pas prendre, ou tout du moins assumer, ses décisions, pouvait enfin ! se débarrasser de moi. Moi ce bébé qui s’était imposé à eux dès ma conception, qui était resté alors que ma mère avait prié pour que je parte avec son stérilet, cette gamine qui était l’incarnation de cette erreur. Ils m’ont rendu cette violence dont j’avais fait preuve envers eux en m’imposant dans leur vie. N’était-il pas humain de les soulager ?

— Tu en parles avec tant de douceur… pourtant ce que tu racontes n’est que souffrance pour un enfant !

— Mais j’ai souffert enfant. J’ai beaucoup souffert !… même adulte. Mais cette déchirure m’a permis d’enfin faire mon deuil.

— Comment ?

Tu t’es levée et es allée chercher deux courriers que tu m’as tendus. J’ai attrapé les papiers que tu m’as invitée à lire.

— J’aime écrire et pour faire partir cette douleur, j’ai écrit pour moi. Je les ai écrite en m’adressant vraiment à eux, sans jamais les leur envoyer. Ça n’aurait servi à rien d’autre qu’attiser leur colère, ce que je ne voulais pas. Je les ai écrites pour remettre mes idées en ordre et au clair pas pour leur faire comprendre quelque chose qu’en trente ans je n’avais jamais réussi. Ces lettres devaient servir à tourner une page, pas à remuer la merde. Si tu veux savoir comment j’ai fait mon deuil, mon ange, je l’ai fait en écrivant ceci en réponse à ce qu’ils ont retourné à mon mail et je les ai gardé pour ne jamais oublier que les relations humaines sont parfois tellement compliquées qu’on ne peut plus rien résoudre autrement qu’en laissant l’autre partir.

En premier lieu, j’entame le mail que tu as envoyé à tes parents, pour être honnête sur la situation et sur ta part de responsabilités.

 

Bonjour,

Cédric et moi avons appris que vous projetiez d'aller en vacances sur le terrain de la famille de sa maman avec les filles de ma sœur ainée.

Ce ne sera pas possible.

D'une part par souci d'équité avec les enfants de mon autre sœur qui voudraient certainement, à leur tour, être invités, alors que je suis certaine que vous refuseriez.

Mais aussi parce que l'argument disant que les longs voyages sont impossibles pour des enfants ne peut être utilisé que lorsque ça arrange. (D'ailleurs juste en suivant cette logique, leur mère devrait dire non).

En suite, il me semble vous avoir dit que je fermais mes portes à mes sœurs. Ceci est toujours valable. Mais compte tenu de votre demande à ma belle mère, je n'ai pas dû me montrer assez claire. Donc je vous réexplique :

Mes sœurs = elles, leurs maris, leurs enfants et tout ce qui leur appartient

Moi = moi, mon mari ET sa famille (comprenant tout ce qui nous appartient... à tous)

Nous avons présenté les choses de façon TRÈS édulcorée à la mère de Cédric, qui comprend notre embarras et nous a proposé, s'il le faut, de trouver toutes les excuses possibles et imaginables, au cas où ma sœur ainée venait à accepter, pour vous faire abandonner l'idée. Mais, afin que d'autres situations indélicates n'arrivent, je prends sur moi de vous rappeler que Cédric et moi n'avons pas excusé leur absence au mariage, ni la façon dont ça s'est fait. Et que nous ne sommes pas de bonnes poires à qui on prend ce qui arrange en se délestant des "inconvénients".

Si vous voulez offrir des vacances à la plage à vos petites filles, je vous souhaite qu'elles soient excellentes, mais pas à nos frais.

En somme, les deux familles resteront à leur place respective.

Pour information, l'invitation de la mère de Cédric à votre attention UNIQUEMENT tient toujours. Ses parents vous apprécient et la relation que vous entretenez est totalement étrangère au conflit qui nous oppose (cordialement) à mes sœurs.

Bien à vous

 

— C’est violent ! m’entendais-je dire.

— Je ne suis pas parfaite mon ange, j’étais vraiment très très en colère après eux. Ce sont trente quatre années de mutisme qui sont sortis. Et d’expérience, je savais que peser mes mots n’apporterait rien de plus, alors j’ai fait comme eux, je me suis lâchée.

Je retourne à ma lecture, leur réponse entremêlée à la première que tu leurs a écrite sans leur envoyer.

 

Il me semble que, d'abord, tu te mêles de ce qui ne te regarde pas

Etant donné qu’il s’agit de ma belle-famille et de ma famille, que je suis le lien entre elles, il me semble, à moi, que cette histoire me concerne quand même un peu. De plus, je suis trop fainéante pour me mêler de ce qui ne me concerne pas.

Ensuite tu punies des enfants qui n'ont rien à voir dans ton différent avec tes sœurs.

Deux choses :

- Le différend qui m’oppose à mes sœurs existe depuis bien avant le mariage. Etant donné que je savais, avant même qu’elles rejettent mon invitation qu’elles allaient le faire. Vous auriez pu, de ce fait vous douter que le sujet risquerait d’être sensible et auriez pu, de ce fait, au moins me tenir au courant de vos projets.

- Ensuite, je vous remercie de me donner autant d’importance. Vous me dites que priver des enfants de ce que je pourrais leur apporter est une punition, même si c’est dit de façon maladroite. C’est touchant, étant donné je ne pense pas être en capacité de les punir avec le peu de pouvoir que j’ai sur leur vie. Après tout, je ne leur interdit pas la plage, juste le terrain de ma belle-famille.

- D'où sors-tu que les enfants de ton autre sœur voudraient venir aussi ? Ils sont au courant et n'en ont pas émis la moindre envie. Ils partent en vacances avec leurs parents, et sont très satisfaits comme ça.

Je n’ai jamais dit qu’ils en auraient envie un jour, j’ai juste fait part d’une probabilité logique.

- Quant à savoir si nous aurions refusé, là tu te racontes des histoires construites sur tes propres incongruités.

Ce ne sont pas mes propres incongruités, je n’ai fait qu’analyser les échanges que nous avons eus quant à votre incapacité à les gérer ensemble. Il est donc, là encore logique, que si un jour, plus ou moins proche, ils venaient à émettre le souhait d’aller à la plage, le problème se présenterait.

Enfin, je crois effectivement que pour vous cette histoire ne me concernait pas. La preuve étant que tout le monde était au courant sauf moi. Pourquoi ?

Et pourquoi ne vous est-il pas venu à l’idée qu’en l’apprenant d’un tiers plutôt que de ma propre famille, je ne risquais pas de mal le prendre, compte tenu de notre passif ensemble ? La réponse est évidente : je ne fais plus partie de votre famille depuis bien plus longtemps que toute cette histoire de vacances. D’ailleurs, je me suis souvent demandé si vous m’avez déjà considérée comme l’une des vôtres un jour.

- Ce n'est pas nous qui sommes à l'origine du projet de vacances à la plage, mais ta belle-mère et c'est elle que tu punies d'abord.

Trois choses :

Je tiens à vous rassurer, elle ne semble pas le moins du monde punie. Nous en avons discuté et elle m’a dit : c’est pas grave, tu sais. Si ça se fait, ça se fait, si ça se fait pas, ça ne se fait pas.

Ensuite, croyez bien, qu’avant de m’emporter après vous, je me suis emportée après elle. Parce que je croyais qu’elle était à l’origine de l’invitation des petites, pour pouvoir pouponner. Mais elle m’a bien expliqué qu’elle n’a jamais invité les filles, cette demande a été faite à votre initiative.

Pour information, c’est donc à partir de cet instant que cette histoire me concerne... compte-tenu de nos relations familiales.

- Pour ce qui concerne l'argument des longs voyages, il est toujours vrai, puisque ça a été le principal point d'hésitation de ta sœur. Si tu t'étais renseignée, avant de prendre position, tu saurais que c'est sa dernière fille qui a posé le plus de problème, compte tenu de son âge (cette raison était encore plus vraie pour les deux à l'époque de ton mariage).

Trois choses pour ce point-là :

Je suis heureuse que grâce à ce différend, nous ayons réinstallé la situation dans laquelle vous vous sentez bien. C’est-à-dire, que vu cette phrase, vous avez enfin fini par vous persuader que cette excuse était un argument valable. Est-ce une avancée ? Je ne sais pas, mais je suis sûre que vous le vivrez mieux, maintenant que vous êtes les parents aimant de vos enfants et que je redeviens la vilaine.

Ensuite, pour mon mariage cet "argument" n’a pas été un sujet d’hésitation pour lequel on cherche une solution, ça a été un sujet de refus pur et simple.

Enfin, je constate un écart dans la réaction suite à "la punition" des enfants qui, comme vous le dites si bien, n’avaient pas refusé d’aller au mariage. Pour certaines on les boude pendant deux semaines, pour d’autres on les renie carrément.

- Tu saurais également que les voyages étaient prévus en deux jours pour limiter leur impact (voire trois si on était passé par chez ta belle-mère).

J’étais déjà au courant qu’il était prévu de faire deux ou trois haltes pendant le voyage pour limiter son impact. Mais il me semble aussi qu’on leur avait déjà proposé la même solution deux ans plus tôt et que cette solution avait été tout simplement rejetée. Mais comme pour ne pas changer, quand il s’agit de prendre, on trouve un moyen, quand il s’agit de partager, on passe son tour.

- Ta sœur n'est pour rien dans cette affaire.

Trois choses :

1. Je vous arrête de suite ! Je n’ai accusé ma sœur de rien dans cette histoire de vacances. J’ai même dit que si elle était logique, le trajet allait coincer. Apprenez à lire !

2. C’est à vous – et à vous seuls – que j’ai expliqué que quand je ferme ma porte, vous n’avez pas à forcer la fenêtre. J’irai même plus loin, c’est vous que j’accuse de foutre la merde pour vous assurer de trouver un jour une bonne excuse de me virer de votre famille. Parce que ça ne date pas du mariage, ça ne date pas de cette histoire de vacances. Ça date de ma naissance. J’ai courbé l’échine par amour pour vous, je me suis tu par amour pour vous. Mais après tout :

- En quoi aviez-vous besoin de venir m’annoncer que mon autre sœur était partie en vacances à 1 000km de chez elle l’année de mon mariage ? Vous ne pouviez pas garder ça pour vous ? Non, il a fallu que vous "gaffiez".

- Pourquoi quand je vous disais, même avant l’année de mon mariage, que je ne voulais pas aller chez ma sœur ainée, quand je venais vous voir, vous avez attendu le différend du mariage pour arrêter de "comme par hasard", avoir besoin d’aller chez elle pour qu’on se voit ? Qu’est-ce que ça vous apportait, à part de me faire comprendre que les désirs de votre fille (qui voulait me voir avant cette histoire et ne voulait plus après) étaient plus importants que mon besoin ? Qu’est-ce que ça vous a apporté d’envenimer ma colère au lieu de la respecter ? Me faire comprendre que j’étais insignifiante à vos yeux ?

- Pourquoi avez-vous éprouvé le besoin lorsque j’étais petite de me répéter que j’étais un accident, de le répéter à mes sœurs ? A part torturer une enfant qui ne vous avait rien demandé (même pas de naître), vous vous attendiez à quoi ?

- Pourquoi m’avoir continuellement répété, gamine, que j’étais idiote, grosse, fainéante, que vous n’arriverez jamais à rien faire de moi, si ce n’est pour que je finisse par le croire ? Parce que je vous rassure, moi j’arrive très bien, à force de patience et de travail, à faire quelque chose de positif de moi… jusqu’à ce que vous veniez tout détruire.

- Pourquoi m’avoir répété, gamine, votre désir de me voir devenir une copie (qui ne pouvait qu’être pâle) de ma sœur ainée, que je devais prendre en exemple ? Si ce n’est, au fur et à mesure faire naître une rancœur contre elle, alors qu’elle n’y était strictement pour rien ? Surtout que vu sa vie (qu’elle aime, j’espère), je préfère la mienne.

- Pourquoi ma propre mère, lorsqu’elle a vu le regard de mon propre père changer sur moi m’a dit texto : tu n’es plus une enfant maintenant, habille correctement, ton père est un homme. Pourquoi n’est-ce pas lui qui me l’a dit ? On n’apprend pas des rébus sexuel à une gosse de six ans, on ne l’invite pas à ses huit ans à regarder des vidéos érotiques en sa compagnie quand on est un père bienveillant, sans derrière lui apprendre les limites de la sexualité. Et on ne laisse pas faire tout ça, en traitant sa fille de six ans d’obsédée sexuelle, tout en fermant la porte, à ses huit ans, pendant que son père lui montre des vidéos érotiques. Pas quand on est une mère bienveillante ! Pourquoi, au lieu de m’expliquer les choses, m’avoir traitée d’obsédée sexuelle alors que j’ai été conditionnée dès la petite enfance à ne penser qu’à ça ?

Peut-être est-ce simplement pour me laisser porter un fardeau trop lourd à porter pour vous ? Merci de me faire à ce point confiance, mais je dois avouer que j’aurai préféré que vous vous fassiez soigner au lieu de faire des mioches.

3. Je n’y suis pour rien si les parents de mes nièces ne partent jamais. Mais eux, on ne les accuse pas de "punir" leurs filles de les rendre incapables de faire un long voyage, quand ceux de mon autre sœur (et tant d’autres) peuvent parcourir 1 000km (voire plus loin), au même âge. Je ne vois aucun inconvénient à ce que vous leur offriez cette chance par vos propres moyens.

- Ce sont tes nièces qui n'ont pas refusé, elles, de se rendre à ton mariage, qui, instantanément quand on a parlé de la plage, ont déclaré leur envie, non pas de la plage, mais de vacances avec leurs grands-parents.

Petite rectification, je ne les empêche pas d’aller à la plage, je les empêche juste d’aller sur le terrain de la famille de ma belle-mère. Je sais que la plage est petite, mais je vous rassure, pas à ce point. Il me semble d’ailleurs vous avoir même écrit : "si vous souhaitez leur offrir des vacances à la plage je vous souhaite qu’elles soient excellentes." C’était sincère et c’est toujours valable. Ce qui me fait penser que c’est votre colère après moi qui les "punit" de vacances à la plage et non moi en tant que personne. D’ailleurs, pour moi, les priver de plage n’est pas une punition, vu je n’aime pas cette destination. Mon mari sait très bien que je n’y vais que pour lui faire plaisir. Parce qu’elle regorge de bons souvenirs pour lui.

- Aussi, pour répondre à leur désir, elles passeront leurs vacances avec leurs grands-parents, mais ce ne sera pas à la plage.

Qu’y puis-je ? Là encore vous m’offrez un pouvoir que je n’ai pas, il me semble. Ce n’est pas parce que je vous refuse la clef du cadenas d’un terrain que je vous barre la route. Après, tant mieux pour elles si elles passent de bonnes vacances, je ne leur souhaite que ça.

Tu es tout à fait claire à présent.

Ne l’ai-je pas toujours été ?

À un petit détail près, que tu sembles ne pas saisir toi-même. Chaque famille reste à sa place, à commencer par la tienne (avec ton mari).

N’en n’a-t-il pas toujours été ainsi ? Car si cette histoire de vacances ne me concerne pas, ça insinue que, pour vous, je n’ai aucun mot à dire sur ce que votre famille décide. D’ailleurs, n’êtes-vous jamais venus vers moi que lorsque ça vous arrangeait ?

Ex :

- Me payer un an de loyer pendant mes études : on me fiche dehors pour faire plus de place à la maison. Parce qu’une portée de chiots, une fille et son copain ça fait trop. Certes ça m’arrangeait. Mais vous êtes-vous demandé une seule fois la raison pour laquelle je vous fuyais tant ? Avez-vous déjà cherché à connaître votre part de responsabilité ?

- Besançon : Tant que vous n’avez pas trouvé des randonnées à faire, vous ne vouliez pas venir, par "peur de la neige". Petite précision : il n’a jamais neigé en été à Besac.

- Bordeaux : Ah ! Ben forcément, la destination est bien plus agréable.

N’allez pas m’accuser de quoi que ce soit pour ces exemples, je ne fais que répéter ce que vous m’avez vous-même dit.

Quelle que soit votre réaction à ma réponse, je suis quand même heureuse qu’aujourd’hui, bien que violemment, vous finissiez par assumer votre désir de m’écarter de vos vies.

Pour finir :

A force de travail spirituel, j’ai trouvé la réponse à toutes les questions que je vous ai posées plus haut. Votre comportement n’est que l’héritage de notre famille. J’ai compris pourquoi chacun d’entre nous a agi et réagi de la façon qu’il l’a faite. Et je suis d’accord pour dire que ce qui est arrivé était ce qui pouvait être de meilleur pour notre mémoire familiale.

J’accepte mon héritage. Pour moi, vous m’avez confiez la mission de vous protéger de cette "malédiction" familiale, comme je l’appelais et qui n’est autre qu’une leçon de vie non assimilée par un aïeul et qui, sans le faire exprès, nous l’a légué. Votre façon de m’aimer est de me charger de cette douleur que j’incarne à vos yeux et qui est trop dur à porter pour vous, pour la faire disparaître. J’espère sincèrement que cette décision, violente autant pour vous que pour moi, suffira à vous soulager. Pour ma part j’accepte mon héritage et ferai de mon mieux pour lui apporter la quiétude que je recherche pour nous tous.

Je vous présente mes excuses de n’avoir pas compris plus tôt la douleur que vous ressentiez à me voir vous demander un autre amour que celui que vous pouviez m’offrir. Je vous présente mes excuses de vous avoir imposé pendant trente-quatre ans l’incarnation, bien qu’inconsciente compte tenu de tout ce dont vous m’accusez, de cette douleur familiale. Aujourd’hui, j’ai fait un travail spirituel suffisant pour le comprendre et l’accepter. Mon trajet sera encore long jusqu’à la complète quiétude, mais j’ai su m’entourer et j’ai bon espoir.

Puissiez-vous, à votre tour, mettre un pas sur cette route qui mène à la rédemption (en termes judéo-chrétiens), et au bonheur sans ombre selon ma propre définition.

 

Au fur et à mesure de ma lecture, j’ai senti plus de colère et de douleur dans ta lettre et plus de jugement, de critique et de condamnation dans la leur. Ils n’avaient pas l’air en colère, ils avaient l’air vexés que tu contrecarres leurs plans et te punissaient en utilisant des mots blessants.

Mais peut-être ne suis-je pas très partiale, étant donné que je suis de ton côté.

 

Puis une dernière lettre. Une lettre à part, une lettre pour conclure. Une lettre pour tourner la page.

 

Chers parents,

La lettre que je vous écris aujourd'hui n'attend pas de réponse. Elle n'a pas non plus pour but ni de vous agresser, ni de renouer contact. J'ai compris il y a bien longtemps que nous ne savions que nous faire mutuellement du mal.

Cette lettre ne servira qu'à m'aider à trouver la paix intérieure et, si vous en éprouvez le besoin, aider des parents meurtris dans leur chair par une enfant non désirée qui s'est imposée dans leur vie à la trouver également.

Je vous présente donc mes excuses pour m'être invitée malgré le stérilet, je vous présente mes excuses de n'avoir pas entendu votre prière de me voir partir avec lui et de m'être accrochée. Je vous présente mes excuses de vous avoir imposé jusqu'à mon caractère.

J'ai pris conscience aujourd'hui pourquoi j'ai toujours réagi de façon aussi violente avec vous. C'est uniquement parce qu'on ne peut rendre à l'autre que ce qu'il nous a donné. Et que pouviez-vous me donner d'autre que de la violence morale quand je vous avais imposé mon être ? Que pouviez vous me donner d'autre que de la violence morale quand je vous avais forcés à m'aimer ? Puisque, comme me dit plusieur fois ma mère : une mère est obligée d'aimer son enfant.

J'ai longtemps entendu une agression faite de sa mère envers sa fille, alors que c'était au contraire un appel au secours.

Cette phrase résume à elle seule la raison pour laquelle nous ne pourrons jamais partager un amour bienveillant. Vous vous êtes senti obligés de m'aimer et on ne peut rien faire de bon ni de bienveillant dans la contrainte.

Aujourd'hui, je me réconcilie avec mon histoire, parce que j'ai compris que même si je vous ai agressés juste par ma présence, je n'ai rien fait de mal volontairement.

Et vous n'avez fait que me rendre une violence que je vous ai infligée. Une violence dont, manque de chance pour moi, je suis l'incarnation. J'ai compris aujourd'hui que je ne suis pas votre enfant. Je suis votre fardeau. Je comprends aussi qu'il est plus facile d'évincer son fardeau que de l'accepter comme un membre de sa vie.

Je comprends qu'à plusieurs reprises vous ayez estimé que je me mêlais de choses qui ne me concernaient pas. Car je me mêlais d'histoires de votre famille... famille dans laquelle je n'avais rien à faire depuis ma conception même.

Alors parce que j'avais abusé de vous quand j'ai eu besoin de venir au monde, vous avez abusé de moi lorsque vous en avez eu besoin.

Nous avons entretenu ce ping-pong d'abus et de violences mutuels et il était inévitable que nous finissions par nous rejeter les uns les autres une fois que chacun devenu assez campé sur ses opinions ne laisserait plus l'autre abusé de lui sans l'en empêcher.

J'ai compris mon histoire tout comme l'héritage familial qui l'a façonnée et je l'accepte.

Voilà, maintenant je sais que vous ne me pardonnerez jamais cette souffrance que je vous ai infligée et je trouve ça évident, car elle est impardonnable. De mon côté, je ne cherche pas non plus à vous pardonner une souffrance qui m'a plus d'une fois donné envie de mourir pour ne plus avoir à la ressentir, car ce n'est pas non plus possible.

L'important est d'assumer sa part de responsabilités et d'en apprendre assez pour construire à partir d'elle une paix et un bonheur inébranlables.

J'espère sincèrement que vous cesserez de vivre dans l'utopie de croire que je vous ennuie avec mes jérémiades, qui n'en sont pas, pour trouver la paix en comprenant notre histoire tout en l'acceptant dans son intégralité.

 

*

 

Une fois ces lettres relues, je les ai rangée dans le sachet noir, pour moi non plus, ne jamais oublier la complexité des relations humaines et j’ai repris mon ménage.

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