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— Dis ? Tu m’aimes ? entendès-je une adolescente, derrière moi, demander à son petit ami alors que je regarde un film girly au cinéma.

Et le jeune garçon de lui répondre "oui", avant de la bécoter et louper la fin d’une projection sans surprise.

Je trouve amusant de voir les adolescents reproduire cette même danse de séduction que nous connaissions au même âge !

"La vie est un éternel recommencement" comme dit l’un de tes proverbes tant chéris.

Je m’aperçois pendant cette scène finale, que je me retrouve au milieu de couples venus ici plus pour embraser leur relation, que pour apprécier l’histoire. Alors je plonge ma main dans mon pop-corn, pour finir mon petit sachet, avant de rentrer à la maison, retrouver l’homme de ma vie actuelle : mon chat.

En arrivant chez moi, je range mon manteau dans l’armoire de l’entrée de mon appartement et une odeur, un parfum, me renvoie une vingtaine d’année en arrière, le jour où je t’ai demandé, déboussolée si toi tu m’aimais.

 

*

 

— Pourquoi me demandes-tu si moi je t’aime ? Aurais-tu déclaré ta flamme à un de tes petits camarades et t’aurait-il dit que lui non ?

— Non… ai-je répondu, la moue boudeuse. Mais je crois que maman ne m’aime plus.

— Laisse moi en douter. Chaque fois que ta maman pose ses yeux sur toi, je les vois remplis de cette lumière qui me fait t’affirmer qu’elle t’aime. Mais pourquoi en doutes-tu ? Qu’est-ce qui se passe ? Tu veux me raconter ?

— Depuis que Julie est née, elle s’occupe tout le temps d’elle, elle me regarde presque plus.

— Mais tu sais mon ange, Julie est un nouveau né. Elle a besoin, bien plus que toi, de la présence de ta maman. Toi, tu es une grande fille, tu sais manger toute seule, tu sais te déplacer toute seule, tu sais parler, tu sais…

En posant ton index sur tes lèvres, tu t’es mise à réfléchir aux exemples les plus pertinents que tu pouvais me donner parmi toutes ces choses qu’à l’âge de cinq ans, je savais faire.

— Tu vas à l’école, tu viens ici. Tu sais tendre les bras pour réclamer un câlin. Ta petite sœur, elle, elle ne sait pas faire tout ça. Elle a besoin de ta maman pour toutes ses choses. Mais tu verras, petit à petit, elle deviendra de plus en plus autonome et ta maman pourra se consacrer autant à toi qu’à elle.

» Je sais que c’est difficile pour toi. Avant, tu avais ta maman, ton papa, ta Nané rien pour toi. Et maintenant, tu dois tout partager avec cette nouvelle venue que tu n’as pas forcément désirée.

— Mais je l’aime bien, quand même. Elle est mignonne. Même si elle pleure tout le temps…

Je t’ai entendu rire, avant de me prendre dans tes bras et de m’embrasser sur le sommet du crâne.

— Dis Nané ? Comment je peux savoir que ma maman m’aime ?

— C’est une question difficile que tu me poses, mon ange.

— Mais toi ? Comment tu fais pour savoir que ta maman t’aime ?

— Houlà ! Ma relation avec ma mère a été très difficile, ma douce. Pourtant, je suis sûre, aujourd’hui qu’elle m’aimait… vraiment. Elle était maladroite dans ses paroles, je te l’accorde, mais, lorsque je me pose la question sur ce qu’elle éprouvait pour moi, je n’ai besoin de me remémorer qu’un seul souvenir pour savoir. Veux-tu que je te le raconte ?

— Oh oui !

— A l’époque j’avais dix-neuf ans…

— T’as pas su avant ?

— C’est un souvenir, ma douce, je n’ai pas dit que c’était le seul.

— Pardon… Je t’écoute.

— Un an plus tôt, j’avais perdu mon meilleur ami, renversé par une voiture. C’était un chien, qui, je dois l’avouer, était attardé, mais je l’adorais. J’ai mis beaucoup de temps à me remettre de sa perte. Pourtant, tout de suite après sa mort, j’avais acheté un autre chien. Mais un gros.

» A dix-neuf ans, j’étais retournée vivre chez mes parents avec ce gros chien. Il avait un fort caractère, c’était un bon gros mâle dominant avec qui il fallait se montrer ferme, ne jamais montrer de faiblesse, tout en le respectant.

» Un jour, alors qu’il avait fait une bêtise, je ne me souviens plus laquelle, j’ai dû le gronder et lui montrer que même si j’acceptais qu’il demeure dominant, j’étais toutefois le chef de meute. Je l’ai donc grondé, mais il m’a montré les dents. Je devais donc retrouver ma place de suite. Je l’ai attrapé par le cou, pour le plaquer au sol et lui montrer que je le dominais. Attention, il ne fallait pas lui faire mal, juste lui montrer qui commandait.

» Sauf que ce vilain chien avait placé ses pattes arrières de telle sorte que je ne pouvais pas lui plaquer le museau au sol sans lui en casser une, si je ne le faisais pas bouger. Mais en le faisant bouger, je prenais le risque de lui donner l’avantage, si je ne faisais pas attention.

» Je l’ai donc soulevé légèrement, pour pouvoir bouger sa patte. Il était hors de question – et sera toujours hors de question – que je fasse du mal à un être vivant, si je peux l’éviter.

» Et ce dont je m’étais douté avant de le lever, s’est produit. Le chien a pensé avoir l’avantage et m’a sauté dessus en grognant et aboyant comme un chien qui attaque. Comme j’avais crié après mon chien, avant de le prendre par le collier, ma mère savait qu’il s’agissait de moi. Lorsqu’elle a entendu ce cri de chien qui charge, je l’ai, moi, entendu m’appeler avec une peur que seul un sentiment d’amour peut faire naître dans l’appel d’une mère.

— Tu t’es faite attaquer ?

— Non, je t’ai dit que je l’avais anticipé. Lorsque ma mère est arrivée dans le jardin, en courant, mon chien avait la tête plaqué sur le sol, ma main l’y maintenant fermement. Je l’ai lâché lorsqu’il a repris sa place et m’a rendu la mienne.

» Mais je me souviendrais toujours ce que ma mère m’a dit ce jour là : "Non mais ça va pas de me faire des frayeurs pareilles ? J’ai eu la trouille de ma vie ! J’ai cru qu’il t’avait chopée et je ne savais pas dans quel état j’allais te retrouver."

— Tu vois, ma mère était maladroite avec moi, nous ne nous comprenions pas, nous avions du mal à être sur la même longueur d’onde. Mais ! J’ai des souvenirs de mon enfance, de ma vie d’adulte, des souvenirs non pas forcément de déclarations, mais d’actions, de paroles spontanées, qui me font être certaine, que malgré tous nos désaccords et notre incompréhension mutuelle, ma mère m’aimait sincèrement. Et aujourd’hui que je suis une grand-mère, je préfère m’attacher à ses souvenirs, plutôt qu’aux autres.

» Pour toi, c’est peut-être pareil. Ta maman et toi, vous aurez peut-être du mal à rester sur la même longueur d’onde, vous aurez peut-être du mal à vous entendre, à vous comprendre. Mais je peux t’assurer que tout comme ma mère avec moi, ta maman t’aime.

» Es-tu soulagée ?

» Oui.

» Mais si je peux te faire juste une petite remarque. Demander à quelqu’un s’il t’aime implique que tu as besoin d’amour, quel qu’il soit, pour te rassurer. Je l’ai compris quand j’étais bien plus vieille que toi. Donc je vais te donner un conseil pour t’aider à l’avenir : les gens préfèrent qu’on leur dise simplement qu’on les aime, plutôt que les prendre en otage de leurs sentiments. Si tu dis simplement à ta maman que tu l’aimes, je suis certaine qu’elle te dira qu’elle aussi. Pas forcément à chaque fois, mais elle te répondra toujours de façon positive. Que si tu lui demandes si elle t’aime, elle risque, au bout d’un moment d’être lassée d’être constamment testée.

» J’ai rien compris… t’avais-je répondu, les joues roses.

— Au lieu de demande aux gens s’ils t’aiment quand tu as besoin d’amour, dis leur ce que tu ressens quand tu éprouves le besoin de l’exprimer.

J’avais hoché la tête, le sourire aux lèvres, avant de te répondre, avec l’innocence de l’enfance : « moi aussi je t’aime Nané. »

 

 

 

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